28.12.11

Limonov voyait loin

Manifestation du 24 décembre 2011 à Moscou


Il y a deux ans et demi, fin juillet 2009 à Moscou,en pleine rédaction(en pleine traversée) de Milieu Hostile, lorsque je revis EL, il était toujours vaillant, mais il avait l'air entamé, isolé, en butte aux persécutions des organes de sécurité et séparé de son ex-femme et de ses chers enfants. Je le saluais d'un "Comment ça va, vieux pirate ?" qui sonna bizarrement à mes propres oreilles et devait lui donner le titre de son recueil de poésie paru l'année suivante, pour lequel il me rendit hommage, témoignèrent mes amis moscovites à grands renforts de courriels éberlués, à plusieurs reprises. Je restais incrédule en l'entendant parler de sa candidature à la présidence, et sceptique lorsqu'il évoqua la fragilité du système. Sur ce dernier point au moins, il semble, ces derniers jours, que j'avais tort.
Communiste en rollers devant les policiers médusés de Vladivostok (24-11-2011)


Gloire à la Russie
(EdouardLimonov, traduit du russe par TM)
Tournoie et roule la rose des vents.
Comme une pleine lune tu seras bien portant.
Déchirantes, les crises d’asthme cesseront
Good tout sera good, les cieux s'éclairciront.

Good sera un beau temps éclatant.
De l’oligarchie s’arrache la petite amie.
Comme toi baobab, une palme parapluie,
Cette greluche vivra encore trois ou quatre ans.

Jeune, verte et juteuse à l’intérieur
Sers t’en si tu veux, si tu veux contemple-la d’ailleurs…

Le soleil s’élève comme un acrobate,
Le jour s’allonge comme le soldat grossit,
Épuisé, à la cambrousse parti
Installé chez une veuve,nouveau venu, dernier en date…

Good sera la nation, remarquablement,
La clique des tchékistes bientôt kapout complètement
Se dissipent les nuages noirs irréversiblement
Le soleil nous déverse les armes du régiment.

Comme elles brillent,étincellent, et s’annoncent.
Gloire à la Russie ! Commeaux jours d’autrefois !
Gloire à la Russie ! Et pour nos armes, hourra !
C’est l’heure du laiton, et le temps du bronze !
Oublions, audacieux, des héro sla plastique matière,
Good est parfait, dans le soulèvement des masses fières.

ÉdouardLimonov, Mais le Vieux Pirate, Ad Marginem, Moscou, 2010


Слава России !
Крутится,вертится роза ветров,
Тыкак полнолунную будешь здоров.
Астмыколючей припадки пройдут,
Небоочистится good будет good.

Good будет полный, прекрасный погод.
Отолигарха подруга уйдёт.
Зонтичнойпальмой, с тобой, баобаб,
Нескольколет проживёт этот баб.

Юный,зелёный и сочный внутри,
Хочешь– используй, а хочешь – смотри…

Солнц евзбирается как акробат
День прибавляет, как в весе солдат,
Что истощённый, в деревню прибрёл
И увдовы загостил, новосёл…

Будет в стране замечательный good,
Клике чекистов наступит капут,
Вскроются черные все облака
Солнце зальёт нам орудья полка.

Изаблестят, засияют они.
Слава России! Как в прошлые дни!
Слава России! Орудьям – Ура!
Время латуни и бронзе пора !
Смело забудем героев пластмасс,
Good будет полный с восстанием масс…
Э. Лимонов, А Старый Пират, AdMarginem, 2010.

21.12.11

Milieu hostile, interview russe.

Romancier en escale à Itinéraires

ROMANS — DES ÉTENDUES DE LA C.E.I.
 De Daria KRAŸOUCHKINE
(Article et interview parues le 20-12-20011, dans la revue culturelle russe sur Internet : L’OBSERVATEUR RUSSE, РУССКИЙ ОЧЕВИДЕЦ, que nos lecteurs russophones peuvent lire en VO au lien suivant de cet estimé magazine:
http://rusoch.fr/cult/terri-marinyak-romany-s-prostorov-sng.html ).
Entre l’Est et l’Ouest, Sébastopol, Minsk, Vilnius et Paris — tel est l’univers des personnages du nouveau roman de l’auteur français Thierry Marignac, Milieu hostile. Dans ce livre, le fil de l’amitié et de l’amour est tissé sur un canevas policier habilement brodé sur le tissu de la culture d’Europe de l’Est. Original et inhabituel pour les Français, assez éloignés de la vie en Ukraine, Russie, Biélorussie et Lituanie. Original et inhabituel pour les Russes, Ukrainiens, Biélorusses parce qu’il s’agit de notre monde vu par d’autres yeux, directement, comme à travers une vitre immaculée, un regard sur les dernières années de la vie chez nous, dans nos pays. Monsieur Marignac a parlé de son livre un peu plus en détail à L’Observateur russe à l’occasion de la signature organisée le 26-11-2011 à la librairie parisienne « Itinéraires » spécialisée dans le voyage, 60 rue St-Honoré.

Q : C’est votre quatrième roman sur l’Europe de l’Est. S’agit-il d’un cycle ou bien chaque roman est indépendant des autres ?
En réalité, ces romans peuvent se lire séparément, mais il s’agit effectivement d’un cycle en ce qui concerne la langue et la culture. Parce que j’apprends la culture grâce à la langue et inversement, la langue grâce à la culture. Ma rencontre avec les langues et cultures russes a été très fructueuse, elle a ouvert un espace à l’imagination, fourni les inspirations romanesques.

Q : On a l’impression constante, que « Milieu hostile » — ce n’est pas simplement un roman policier « noir », genre qu’on considère souvent comme une littérature de masse. Alors finalement, c’est un roman noir, ou pas ?
R : Noir ou pas noir, je ne m’intéresse pas à ces catégories. Il existe des critères particuliers habituellement dévolus au polar, mais les miens n’y correspondent absolument pas. L’intrigue « criminelle », disons, existe pour moi parce qu’elle permet à mon imagination de fonctionner. C’est à dire que je ne peux enfin décrire, par exemple, amitié et amour, aucun fil narratif ne surgit dans mon esprit, si je ne place pas les personnages dans un contexte socio-historique précis. Quand je l’ai trouvé, l’imagination travaille, je peux écrire.

Q : Qu’est-ce qui compte le plus à vous yeux, l’intrigue criminelle ou l’intrigue affective ?
R : L’intrigue criminelle est nettement plus importante pour moi, c’est certain. C’est ce que je tentais de vous dire : l’intrigue affective n’a de sens que dans son contexte géopolitique et événementiel. Je ne pourrais pas concevoir une histoire d’amour abstraite, qui constituerait une intrigue de roman à elle seule. Je ne saurais pas le faire.

Q : Dans votre roman, l’Europe de l’Est, c’est un univers hérité du passé soviétique, ou bien un univers tourné vers l’Occident ?
R : Il s’agit plutôt d’un univers hérité du passé soviet, avec tous les problèmes qui en découlent par rapport à l’Occident. Nous comprenons mal cet héritage, il est tout à fait éloigné de nos habitudes et nous avons beaucoup de représentations fausses à son sujet. De l'autre côté, les projections locales sur l’Occident sont également très tordues. Je raconte à ma façon cet éloignement entre les deux côtés de l’Europe, sans que ce soit un but défini, un message. Ce n’est pour moi qu’une occasion de création littéraire.

Q : L’Europe de l’Est est-elle pour vous un monde exotique ou au contraire un monde bien trop réel ?
R : C’est pour moi un monde très réel, parce que j’y ai passé pas mal de temps. L’exotisme de ce monde tient pour moi à sa proximité. Ce qui me plaît tant, qui me séduit, c’est une certaine simplicité, que j’appelle simplicité de l’action. Dans cette simplicité, je retrouve ce que j’aimais dans les cultures françaises et européennes. Tout cela a disparu avec l’irruption forcenée et unilatérale, tyrannique, de la culture américaine, les téléphones portables, etc. Et ce que je ne trouvais plus dans ma propre culture, je le retrouvais en Russie et en Ukraine.

Q : Il y a des épisodes mémorables dans ce roman, notamment avec une vendeuse de boucherie sur un marché de Sébastopol, où elle appelle le héros « Lapereau » et veut l’engraisser, ou une scène avec un fruits et légumes caucasien qui lui propose d’acheter littéralement toute sa marchandise.  S’agit-il là d’un désir de refléter l’Ukraine authentique, ou bien c’est juste du grotesque ?
R : J’ai vécu et traversé ces incidents ; je n’avais pas besoin d’inventer, puisque tout était sous mes yeux. Pur « Fantastique Social » comme disait l’écrivain français Mac Orlan. Un Géorgien sur un marché a un jour essayé de me vendre toute sa camelote. Ce qui était loin d’être tragique. Je ne me suis pas laissé faire. Mais il m’avait quand même refilé deux pêches pourries.

Q : Quels traits de caractère, sont-ils susceptibles d’apparaître chez un Français vivant un certain temps en espace post-soviet ? Quelles seront ses métamorphoses ?
La personnalité change toujours quand on vit dans une autre langue. C’est très drôle, mais on ne peut être exactement la même personne dans une autre langue.  Je change aux USA, je change en Russie et en Ukraine.

Q : Dessaignes, le personnage principal de « Milieu hostile » est-il un héros ou un anti-héros ?
R : Difficile de répondre à cette question. En dehors de ça, il existe un autre personnage capital dans ce livre, Loutrel, qui a pris petit à petit presque autant d’importance que celui conçu au départ comme le héros du roman. C’est arrivé spontanément, parce que ce second rôle me plaisait décidément, imaginé à partir d’un modèle défini que j’aimais bien. Qui plus est, j’emploie souvent ce procédé : j’ai déjà fait des romans avec plusieurs personnages en concurrence pour le premier plan du livre.

Q : Dessaignes et Loutrel sont-ils des personnages antagonistes ou bien partagent-ils beaucoup de choses ?
R : Simultanément l’un et l’autre. Ils ont un certain passé en commun, mais aussi, ils ressentent tous deux la nécessité intérieure d’échapper à leur milieu d'origine. Mentalement et psychologiquement.

Q : Pour parler des images de femmes, Elmira la Tatare est belle et pleine de charme, tout en étant très pragmatique dans son désir de quitter Vilnius pour s’installer à Paris. Incarne-t-elle des traits typiques chez les femmes d’Europe de l’Est ?
R : Oui, j’ai souvent vu ce genre de pragmatisme. Mais au fond c’est un mélange de rêverie et de pragmatisme, propre à rendre fou les Occidentaux. Sur le plan littéraire c’est un caractère très productif. Elmira est à mes yeux un personnage réaliste, mais beaucoup moins négatif qu’on ne pourrait le penser.

Q : Votre livre a-t-il une morale ?
R : Non.

Q : Qu’est-ce qu’il donne à ses lecteurs, alors ?
R : J’espère qu’il donne le plaisir de la lecture d’un polar, le plaisir de rêver et d’entrevoir un monde souvent étranger au lecteur. Certains de mes amis ukrainiens ne connaissent pas l’Ukraine que je décris. Je crois qu’il y a pour les Français quelque chose d’inhabituel géographiquement, et pour tous, quelque chose d’inhabituel sur le plan social. Je ne me suis pas fixé pour but de faire une déclaration morale, sociale ou politique, faire la morale, c’est pas mon boulot. Je pense au contraire que le travail du romancier est de distraire les lecteurs, de les inciter à la réflexion et à la rêverie, et pas du tout de leur délivrer un message défini à l’avance. Les aspects esthétiques et sensuels de la création m’occupent beaucoup plus, et ce sont ces énergies que je tente de communiquer au lecteur.
Daria Krayouchkine

20.12.11

Milieu hostile, roman pharmaceutique à l'intrigue trop complexe pour les caves

 Un ancien responsable du médicament a été grassement rémunéré par Servier



Retiré du marché en novembre 2009, le Mediator serait responsable de 500 à 2 000 décès. Cinq millions de personnes en ont pris.
Retiré du marché en novembre 2009, le Mediator serait responsable de 500 à 2 000 décès. Cinq millions de personnes en ont pris.AFP/FRED TANNEAU

Un ancien responsable de l'Agence du médicament devenu ensuite consultant pour l'industrie pharmaceutique, le Pr Jean-Michel Alexandre, a perçu, à ce titre, pas moins de 1,2 million d'euros de rémunération des laboratoires Servier entre 2001 et 2009, révèle Le Figaro lundi 19 décembre.

Le journal écrit que "ce professeur de pharmacologie a été l'un des hommes les plus influents en matière de médicaments en France de 1980 à 2000". Selon Le Figaro, M. Alexandre a été président de la commission d'autorisation de mise sur le marché à l'Agence du médicament de 1985 à 1993, puis directeur de l'évaluation des médicaments de 1993 à 2000 et président du comité des médicaments de 1995 à 2000, avant de devenir consultant pour l'industrie pharmaceutique.
EN POSTE À DES DATES-CLÉS DU SCANDALE DU MEDIATOR
M. Alexandre était "en poste à des dates-clés de l'histoire du médicament" et "notamment en 1995, lorsque l'Afssaps décidait de mettre fin à la vente du Mediator dans les préparations magistrales [les mélanges réalisés par les pharmaciens] mais, pour des raisons jusqu'à présent inexpliquées, pas à la vente en comprimés", écrit le journal. Le Mediator, médicament destiné aux diabétiques en surpoids mais largement détourné comme coupe-faim, a été retiré du marché en novembre 2009. Il serait responsable de 500 à 2 000 décès.

"Du 29 octobre 2001 au 4 septembre 2009, [M. Alexandre] a facturé 1 163 188 euros à Servier, via une filiale dénommée CRIS [centre de recherche international pour la santé]", affirme Le Figaro sans citer de sources. "En paiement des services rendus, Jean-Michel Alexandre a perçu une rémunération forfaitaire payée sur présentation de factures accompagnée d'un rapport trimestriel", ajoute le journal.
"Sa mission consistait, selon les demandes de Jacques Servier, à analyser des dossiers touchant à l'efficacité des médicaments en développement ou déjà mis sur le marché", poursuit Le Figaro. Le journal mentionne les médicaments Vastarel, Protelos, Valdoxan et Procoralan, qui sont actuellement sous surveillance des autorités du médicament.
PAS DE SAISIE DE LA COMMISSION DE DÉONTOLOGIE
Lundi soir, lors du débat à l'Assemblée sur la réforme du contrôle des médicaments, Gérard Bapt (PS) a demandé au ministre de la santé Xavier Bertrand si la commission de déontologie compétente avait à l'époque été saisie lorsque le Pr Alexandre avait quitté ses fonctions publiques pour devenir consultant.
"Il semblerait qu'à l'époque la commission n'a pas été réunie parce que M. Alexandre n'a pas dit qu'il allait effectuer ses activités ensuite, ce qui signifie que l'Afsapss n'a pas été bien curieuse, a répondu le ministre. Je vais regarder pour voir juridiquement ce qu'il est possible de faire en espérant que les faits ne sont pas touchés par la prescription."
Contacté, le laboratoire Servier a indiqué à l'AFP que "le Pr Alexandre, une fois qu'il a quitté ses responsabilités dans le système de santé publique, a travaillé comme consultant pour plusieurs laboratoires" et qu'il "n'a jamais été employé par Servier pendant la période de ses responsabilités aux agences française ou européenne". La somme citée dans Le Figaro "n'est pas confirmée" par Servier.
Le journal précise que, lors de son audition au Sénat, en avril, le Pr Alexandre avait indiqué avoir travaillé "comme consultant scientifique indépendant (...) pour 30 à 40 laboratoires dans le monde". Selon le journal, les montants les plus importants ont été perçus avec les laboratoires Servier.

16.12.11

Les hommes aussi savent aimer

Portrait d'Ava Gardner

Nocheinmals alles zuerts !
De Sergueï Tchoudakov
(Traduit du russe par TM)

Encore des couchants de safran
Sur une montagne sans nom
Brillante encore tu es parintention
Et si inhabituelle par instants
Encore ont sonné ten’o’clock
À l’horloge de la chambre bleue
Encore j’ai bredouillé du A.Blok
Et après le thé, à nouveau verstes feux
La trompe dans le hall nousconvoque encore
Encore confuse la musique
Blouses bariolées kaléidoscopiques
Et seul je te suis à jamaisdomestique
Ensemble encore nocturne mêlée des corps
Et la gorge tendre d'abricot
(Lèvres et lèvres)… à nouveau…
Mener la danse… Il ne faut
Encore comme chaque matin
Tu es silencieuse, étrangère des lointains
Le nacre d’avant l’aurore
Les perles-étoiles a fardé
(Elle doit) perle enchantée
(Se déverser) étinceler d’unelueur d’or
Circonférence refermée
Inévitable encor !
SergueïTchoudakov

Nocheinmals alles zuerts !
Опятшафранные закаты
Надбезымянною горой
Опятнамеренно ярка ты
Итак небуднична порой
Опятзвенели теноклоком
Часыв гостиной голубой
Опятвесь день я бредил Блоком
Апосле чая– вновь тобой
Опятнас в холл зовёт гобой
Опятпод переплёски музык
Калейдокоскопыпёстрых блузок
Аблизок вечно только я
Опятсумбур ночного вместе
Иабрикоскость нежных щёк
(Губыи губы) … ещё…
…Ненадо… вести
…Опяткак в каждое из утр
Тымолчалива и очужена
Передрассветныйжемчужность
(Переливаться)и сиять
Вкоторый раз сомкнув окружность
Неотклонимогоопят!
Сергей Чудаков.

12.12.11

Les Grands Ancêtres Inaccessibles

« Je me promets de foutre, en pleine gueule des bourgeois, des romans musclés et pourris dont ils se lécheront les babines. » (Lettre de Francis Carco à Léopold Marchand, 17 octobre 1915.)

10.12.11

Règles de l'antiformat

Mettre ses…œuvres sur la table.

Comme dans l'article d'Arnaud Le Guern:
http://www.causeur.fr/limonov-vous-conseille-marignac,13907
Faim, Folie et Crime, tableau d'Antoine Wiertz

QUATUOR À CORDES        
Dans Milieu hostile, l’intrigue est lente et cuisante, comme la plaie mal refermée laissée par les soviets à quelques degrés à l’Est du formatage atlantiste « cut » des lecteurs de polar occidentaux, gavés de produits cinématographiques ou télévisuels d’origine ou d’inspiration américaine. Au point que toute autre forme de narration les perturbe.
         Dans Milieu hostile, on est au cœur du complot : l’industrie pharmaceutique impose ses exigences et sa marge bénéficiaire au mépris de la valeur d’usage, aux gouvernements, ONG et nomenklaturas médicales ; la presse joue son rôle de charognard au service des uns puis des autres, vendant aussi peu d’information que les labos vendent de soins ; l’Est et l’Ouest dansent maladroitement leur valse-hésitation au gré des tractations et des arrosages constants d’oseille pour graisser les rouages ; les dirigeants changent de discours aussi souvent que de chaussettes. Mais ça ne ressemble pas, me serine-t-on à un polar, et je veux bien le croire, je ne sais pas en écrire, peu familier avec les canons débiles d’un genre plein de détectives imbibés amateurs de quatuors à cordes et de policiers divorcés férus d’humanisme, piétinant dans une enquête laborieuse dont les indices prouveront que les riches sont des pourris et que les meilleurs des pauvres deviennent parfois méchants à force de morfler. 
Sans même parler des tueurs en série tous clonés, néo nazi sous speed à croix de Malte dans l'Idaho, obèse empêché du gourdin de la banlieue de St-Louis, et leurs gravures sur victimes, singés verbatim par les copieurs de Phrance et d'Europe.

 SOLO DU SOLITAIRE
         Peut-être que la plongée dans l’abîme de la perte intime, des amours qui s’effondrent, une amitié qui se déchire, pourrait tirer Milieu hostile vers le « noir », un fourre-tout très sérieux et propre sur lui où l’on glisse ce qui sort du « polar », mais où traînent quelques cadavres homicidés.  Toutefois l’insistance, le trait qui redouble l’intrigue géopolitique d’une intrigue humaine ressemble trop à de la littérature générale, un label qu’on ne va tout de même pas m’accorder, ce ne serait pas un service à me rendre.
         Et puis les poules de Milieu hostile, transfuges intimes de la femme soviet, ne sont ni avocates à Manhattan, ni portoricaines dans le Bronx. Les lascars n’ont aucune ascendance irlandaise, les drogues ne viennent pas de Colombie, on les bricole soi-même à Kiev et Sébastopol, on les confectionne à Vilnius, on les interdit à Paname. Si le retour de la vieille équipe de staliniens aux affaires d’Ukraine est au centre du roman, il n’y a donc pas le moindre gangster mexicain ou caïd maniaco-dépressif à la Scorcese. D’ailleurs, Milieu hostile, ça ne se passe ni à Chicago, ni dans l’East End, ni à Marseille. Mon casier judiciaire s’alourdit.

DÉCERVELAGE POUR TOUT L'ORCHESTRE
         Peut-être que Milieu hostile aurait pu être reconnu par le genre noir, à l’époque, quarante ans en arrière où il représentait l’antidogme, foisonnant, inventif, part maudite de la société , quand, par exemple, Viard et Zacharias adaptaient L’Iliade et Hamlet dans la France des Trente Glorieuses, que Siniac inventait les personnages de La Cloducque et Luj’ Infermann, que Dard pondait l’inoubliable Une Seconde de toute beauté — qu’on rangeait les implacables mécaniques Guerre Froide de Len Deighton en collec polar version espionnage. Avant l’irruption des doctrines. Quand le polar n’était pas encore un Milieu hostile.
Thierry Marignac, décembre 2011

1.12.11

L'automne du solitaire

Essenine et Isadora Duncan

Qu'il est bon…

(Vers traduits par TM)

Qu'il est bon dans l'automnale fraîcheur
De secouer l'âme pommier au souffle du vent,
Et contempler sur le ruisseau, serpe tranchant
Les eaux bleues, du soleil darder l'ardeur.

Qu'il est bon du corps s'arracher
Des chansons le clou perçant
Dans un vêtement de fête blanc
Attendre l'instant où frappera l'invité.


J'apprends, j'apprends avec mon cœur
À garder, au fond de l'œil, du merisier la fleur.
Les sens se réchauffent dans l'avarice uniquement
Lorsque le thorax brise le courant.


Du tintement des étoiles en silence résonne
Que grésille la lueur de l'aurore en feuilles mortes.
Dans ma chambre, je ne ferai entrer personne,
À personne je n'ouvrirai ma porte.

Sergueï Essenine

Хорошо под оссенюю свежесть
Душу-яблоню ветром стряхать
И смотреть, как речкою режет
Воду синюю солнца соха.


Хорошо выбивать из тела
Накляющий песни гвоздь.
И в одежде празднично белой
Ждать когда постучиться гость.


Я учусь, я учусь моим сердцем
Цвет черемух в глазах беречь
Только в скупости чувства греются
Когда ребра ломает течь.


Молча ухает звездная звонница,
Что ни лист, то свеча заре.
Никого не впущу я в горницу,
Никому не открою дверь.


С. Есенин, 1918-1919